Joseph Ardiet, retour dans le droit chemin (partie 3)
- 3 févr.
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Le parcours de Joseph reprend en 1790, à Dole. De retour au sein de sa famille où il a retrouvé sa mère et sa sœur Claudine, âgée de 21 ans (nous n'avons pas retrouvé la trace de sa fameuse sœur Marguerite), Joseph s'est finalement établi en tant que maître-écrivain. Cela signifie qu'il avait été reçu maître dans sa corporation et qu'il avait désormais le droit d'apposer devant sa maison une enseigne ornée de plumes d'or, traits ou autres éléments qui indiquaient ses qualifications.


Ce métier avait la particularité de toucher différents domaines, tels que l'éducation, la justice, le service du public, la comptabilité ou la secrétairerie. En effet, si le maître-écrivain enseignait souvent son art sous la forme de classes d'écritures ou de préceptorat, l'origine de sa corporation trouve ses racines au XVIème siècle dans le domaine judiciaire. A la suite d'une affaire de contrefaçon de sa signature, le roi Charles IX chargea Adam Charles, son secrétaire particulier, de former une communauté d'hommes maîtres dans l'art de l'écriture qui serait chargée d'expertiser des signatures, écritures ou calculs contestés en justice. De là naquit, en 1570, la corporation des « maîtres-écrivains jurés » de Paris, formée par les huit plus habiles maîtres d'écriture de la capitale. La corporation obtint deux privilèges : celui d'exercer la vérification des écritures suspectées de faux dans les tribunaux et l’enseignement de l’écriture, à Paris et dans tout le royaume. Comme toutes les autres communautés de métier, cette corporation fut dissoute après la Révolution.
Mais revenons à notre histoire. Nous savons aujourd'hui que l'union souhaitée par Joseph et Vincente ne vit jamais le jour. A la fin de l'hiver 1790, âgée de 22 ans, Joseph se trouvait devant l'autel d'une église à Dole. Sa mère avait donné son consentement pour une union avec la fille d'un vigneron de Dole. Le beau-frère de celle-ci, Joseph Gabriel Sourine, huissier royal à la chambre et la cour des comptes, avait reçu la charge de curateur de Joseph. Sous son œil bienveillant, Joseph scella son union solennelle avec la jeune Jeanne Pernot en ce 18 février 1790.
Acte de mariage de Joseph Ardiet et de Jeanne Pernot, 1790 (AD39)
Si ce mariage était cette fois officiellement consenti par les parties parentes, il fut célébré après seulement un premier ban, dispense ayant été obtenue des deux autres ainsi que de la défense de se marier « en ce temps ». Car c'est au lendemain du mercredi des Cendres, au début du Carême que l'union fut consacrée. Sans une dispense explicitement accordée par l'Eglise, les mariages étaient proscrits par la loi catholique en cette période de jeûne, ainsi que pendant l'Avent. Néanmoins, Jeanne et Joseph obtinrent la permission de s'unir en ce temps prohibé, car, sept mois plus tard, la jeune femme donna naissance à un fils. Mais ce dernier mourut le jour même.
Joseph s'est-il marié par amour ou bien a-t-il accepté un mariage forcé ? Quoiqu'il en soit, pour sa mère et son curateur, il devait reprendre sa vie « dans le droit chemin ». Et à partir de là, il n'y eut plus d'écart dans sa vie. Joseph mena (en apparence du moins) une existence rangée, conforme à sa classe sociale.
Sa mère mourut le 16 octobre 1795, à 60 ans, sans s'être remariée. Joseph avait alors 28 ans. Il signa divers contrats professionnels au cours de sa vie mais occupa principalement des emplois dans des hôpitaux militaires. En 1798, il fut employé « au service de la République dans l'hôpital de Lauterbourg », un hôpital militaire situé dans le Bas-Rhin, le long des lignes de la Lauter.
En mars 1799, Jeanne lui donna un nouveau fils. Il le nommèrent Pierre, comme leur premier enfant. Malheureusement, ce dernier ne survécut que deux mois. Il fut enterré à la hâte (« pour cause de putridité ») le 4 mai 1799. Joseph travaillait à cette époque comme « garde magasin à l'hôpital militaire de Biouge ». (la seule mention de Biouge retrouvée correspond à un lieu-dit dans l'Indre, dans la paroisse de Clion).
L'année 1808, on retrouve une nouvelle naissance du couple, toujours à Dole. Cette fois, l'enfant, Jean François, survécut. Joseph était alors « commis à la recette de Dole ». Et plus tard, il exerça en tant qu'instituteur.
En 1831, arrivé à 64 ans, il avait cessé d'enseigner et vivait chez son fils au n°132 de la rue de la paroisse à Versailles. Son épouse était décédée et c'est donc seul qu'il assista au mariage de Jean François. Ce dernier était employé des Ponts et chaussées. Dès l'année suivante, le couple emménagea dans une rue voisine, la rue des réservoirs, mais sans Joseph qui avait définitivement quitté Versailles. Qu'est-il devenu alors ?
Nous n'avons pas encore retrouvé le parcours de la fin de sa vie, et nous avons perdu la trace de Vincente Le Gludic. Mais la poursuite de ces recherches, trop chronophage, aurait retardé la parution du dernier chapitre de notre article. Cette histoire reste donc incomplète à ce jour. Mais il est plaisant de reconstituer de simples tranches de vie.
Qui aurait pu croire, à la seule lecture des actes d'état-civil du Jura, que Joseph, respectable maître d'écriture, avait été par deux fois incarcéré à l'autre bout de la France ? La recherche généalogique nous réserve souvent de belles surprises. Mais il est si facile d'ignorer des pans entiers d'une vie...

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