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Une histoire incroyable

En ce premier janvier 2024, je voudrais vous conter une drôle d'histoire...


Une histoire qui s'est passée il y a 133 ans.


Tout est parti d'un article sur lequel je suis tombée par hasard, paru dans le Petit Provençal le 24 novembre 1890. Mais d'abord, brossons le tableau :


Le récit qui nous intéresse est celui de la famille LAURENT, une modeste famille d'ouvriers qui vivaient dans le quartier de la Villette à Marseille à la fin du XIXème siècle. Le père, Désiré, fils de perruquier, avait été journalier, cocher, charretier, marchand de faïence et cultivateur ; la mère, Apollonie Rose GUIS avait été journalière jusqu'à son mariage, après quoi la naissance et l'éducation de leurs enfants, couplées aux tâches domestiques avaient fait d'elle une ménagère occupée à temps plein.


Le couple s'était marié à Vinon-sur-Verdon, dans le Var, dans la commune de naissance d'Apollonie, le 4 janvier 1859. Désiré était lui natif de Berre, dans les Bouches-du-Rhône. Il travaillait en tant que journalier et c'est sans doute à la recherche de travail que ses pas l'avaient mené à près de 80 km de son village natal. Jules Désiré, l'aîné de leurs enfants, était né à Aix le 26 mars 1860. Trois ans plus tard, Emile Louis, naissait à Marseille le 25 mai 1863. Leurs deux sœurs, Marie Louise Anne et Léontine Apollonie étaient elles aussi nées à Aix-en-Provence en 1865 et 1866.


Et puis la famille était repartie sur les terres natales d'Apollonie, s'installant pour quelques années dans la commune de Vinon-sur-Verdon. Apollonie avait encore donné naissance à trois autres enfants, Henri Fortuné, Victorine Joséphine et Amédée Victor. La situation de la famille devait être plus aisée car Désiré était cultivateur, et, à ce titre, peut-être avait-il hérité d'un peu de terre, ou bien avait-il pu acheter un lopin qu'il cultivait. Mais rien n'est certain et la situation s'assombrit assez rapidement. En 1872, la famille peinait à vivre. Désiré était désormais employé comme charretier, un travail dur et mal payé ; quant à Apollonie, elle s'occupait de ses six enfants (la petite Victorine ne figure pas dans le recensement de Vinon à cette date, mais elle n'y est pas non plus décédée ; sans doute était-elle en nourrice quelque part) et gagnait un peu d'argent en accueillant des nourrissons. A l'automne, la famille pleura le jeune Amédée, mort à l'âge de vingt mois.


Sans doute en recherche perpétuelle de travail, Désiré et Apollonie déménagèrent régulièrement avec leurs enfants. En 1873, ils habitèrent à Mison (04) où Apollonie mit au monde un enfant sans vie. Désiré finit par trouver un emploi de terrassier dans le chemin de fer, à Mirabeau (04). Au printemps 1875, Apollonie attendait des jumeaux. Malheureusement, les deux enfants qui naquirent étaient morts à la naissance. L'année suivante, c'est tout d'abord à Peyruis (04) qu'on les vit s'établir. Désiré chassait de nouveau les emplois au jour le jour, tout comme les deux aînés de la famille, Jules, âgé de 17 ans et Emile, 14 ans. Apollonie œuvrait toujours en tant que nourrice. Quelques mois plus tard, ils s'établirent dans la commune voisine de Château-Arnoux (04), au hameau du Jas. De nouveau enceinte, Apollonie accoucha d'une fillette. Cette fois, la naissance s'était bien déroulée et l'espoir de voir grandir la petite Elisabeth Julie au sein de la famille grandit au fil des jours. Mais le bébé ne survécut que dix-neuf jours. Deux années plus tard, c'est sur la place du village du Brusquet (04) que l'on vit les LAURENT père et fils chercher du travail. Apollonie venait de mettre au monde un nouveau garçon, Louis Justin, plus robuste. que tous les derniers nés qu'elle avait mis au monde.


En 1883, c'en était fini du Var et de ses villages pour la famille ; direction Marseille. C'est là, en tous les cas, que nous les retrouvons domiciliés. Et les parents, eux, n'en bougeraient plus, même s'ils n'y gardèrent jamais un domicile très longtemps.


Nous arrivons enfin à l'époque qui nous intéresse. La fin de l'année 1890. Désiré et sa femme vivaient à ce moment-là au n°150 rue de Crimée avec certains de leurs enfants. Bien qu'ils aient dorénavant moins de bouches à nourrir, Apollonie et Désiré vivaient toujours de maigres ressources. Ils étaient d'ailleurs si pauvres qu'en cette fin d'année, Apollonie, qui était atteinte d'une affection qui nécessitait des soins qu'elle ne pouvait se permettre demanda son admission à l'hospice de la Conception. Devant ses maigres ressources, l'hospice accepta de la prendre en charge et elle s'y installa à partir du 25 octobre.


Note : c'est dans ce même hôpital que fut accueillit, six mois plus tard, le jeune Arthur Rimbaud qui se fit amputer de la jambe droite.


Quelques jours plus tard, le jeune Louis parcourait le journal de bon matin. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il tomba sur l'article suivant !



C'était écrit noir sur blanc dans l'édition du Petit Provençal du 31 octobre : sa mère était morte la veille ! Aucun doute, son adresse, son âge, tout correspondait. On imagine mal dans quel état d'esprit il annonça la nouvelle à son père qui tomba lui aussi des nues en apprenant le décès de sa femme partie six jours plus tôt se faire soigner à l'hospice...


Le père se rendit immédiatement à la Conception où il parvint environ une heure plus tard. Il était dix heures du matin. Il voulait voir le corps de sa femme. Il voulait comprendre pourquoi elle était morte. Il voulait savoir pourquoi l'hospice ne l'avait pas prévenu.


Stupeur ! Sous prétexte de complications administratives, on ne lui permit pas de voir le corps de son épouse et on ne lui fournit pas même une explication. Il eut beau insister, faire valoir son statut de mari, on lui refusa tout bonnement ce que toute âme charitable lui aurait accordé.


Il rentra chez lui plein de dépit, et sans doute, de désespoir, et fit part à ses enfants du résultat de ses démarches. Sa fille aînée, Marie refusa d'en rester là. L'après-midi, aux alentours de 17heures, elle entraîna son jeune frère Justin avec elle pour implorer la bonté des sœurs de l'hospice de leur laisser voir le corps de leur défunte mère. Elle se vit d'abord refuser sa requête et puis on les fit entrer dans la chapelle de l'hospice où une religieuse leur désigna le cercueil fermé qui s'y trouvait comme étant celui de leur mère. Le cercueil était cloué et la sœur leur expliqua que le décès étant survenu depuis plus de vingt-quatre heures, elle ne pouvait leur laisser voir le corps, le règlement l'interdisait. Toutes leurs larmes et leur supplication n'y suffirent point ; la religieuse fut intraitable.


Maria et Justin rentrèrent chez eux et racontèrent tout à leur père. Rapidement, ils s'occupèrent des démarches funéraires et trouvèrent un peu d'argent, accumulé grâce au travail de chacun, afin d'acheter des vêtements neufs pour la cérémonie. Apollonie fut inhumée et la famille éplorée dut faire son deuil de leur femme et de leur mère sans jamais l'avoir revue.



Près d'un mois plus tard...


Le 26 novembre, la famille fut prise d'un ahurissement total alors que, suite à des coups frappés à la porte, apparaissait derrière celle-ci... Apollonie ! Elle rentrait chez elle parfaitement guérie.


Article paru le 28 novembre 1890 dans le journal Le Petit Provençal

Cet article fera l'objet d'une suite qui paraîtra dans quelques jours

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