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R COMME... RECHERCHE D'INDIVIDU

Au gré de mes recherches dans la presse ancienne, je laisse souvent flâner mes yeux sur les différents articles d'une page et je glane, de-ci de-là ceux qui m'interpellent. Je les mets de côté pour m'y intéresser plus tard.

Celui qui suit ne fait pas exception à la règle :


Article paru dans l'édition du 10 décembre 1895 de l'Arvor

A la lecture de cet article, je me suis immédiatement demandée si ce jeune homme avait été retrouvé, et dans quelles circonstances. « Bien entendu, après cette annonce dans la presse, il l'aura été », me suis-je dit, tout d'abord. Et puis j'ai regardé la date de parution de l'article : le 10 décembre. Le jeune homme avait donc disparu depuis 3 mois...

Même si je n'ai quasiment aucune chance de trouver quoi que ce soit, à part peut-être un avis qui me dira qu'on la retrouvé (et dans quel état), le doute est là. Et je me dis que si faire de la généalogie peut s'apparenter à mener une enquête, je peux bien me servir des outils généalogiques pour « remonter » ce cas. Chez moi, le doute, les énigmes n'ont pas leur place. Elles me titillent, il me faut, à défaut de les élucider, au moins chercher des réponses.


Je n'ai guère que deux heures à accorder à cet article ce soir, si bien que mon challenge, aujourd'hui, va être de voir ce que l'on peut trouver en deux heures sur internet, à partir d'un simple article comme celui-ci.


Un petit tour du côté de Généanet, d'abord et je trouve très rapidement un jeune homme qui peut correspondre : Constant Louis Marie RABOUIN, fils de Louis Jean Baptiste RABOUIN (né en 1842) et de Émilie Christine Philomène Marie MILET.


Constant est né en 1876 à Abbaretz, en Loire-Atlantique, ce qui concorde avec l'âge indiqué dans la coupure de presse. Je constate aussi qu'il est décédé dans le Morbihan (l'Arvor est un hebdomadaire breton) en 1900. Il est donc mort jeune, à l'âge de 23 ans. Et déjà, je pense qu'il s'agit de lui car je vois qu'il est mort dans un asile, l'asile de Lesvellec à Saint-Avé (56).


Un petit tour sur le site des AD56 me confirme que je n'y trouverai aucune archive hospitalière en ligne à cette époque-là. Allons voir, déjà, ce que dit son acte de décès, à la date du 10 juillet (cote 4E_206_023-0001).

Acte de décès de Constant RABOUIN (AD56)

Constant RABOUIN est dit né à Nozay en Loire-Atlantique (et non à Abbaretz, donnée à vérifier, mais ce n'est pas ici mon sujet). Je constate qu'il demeure bel et bien à Monteneuf, domicile du père dans l'article.


Il était cultivateur, célibataire à son décès et c'est le directeur de l'asile et le vaguemestre qui ont déclaré le décès.


Sur le site des AD56, je n'ai guère d'options de recherches à partir de là :

  • soit je poursuis mes recherches dans la presse en ligne,

  • soit je tente de retrouver sa fiche matricule en espérant y trouver une mention particulière quant à sa santé, peut-être à son envoi à l'asile.

J'opte pour la fiche matricule. Il me faut donc d'abord vérifier son lieu de naissance, si je suppose que la date est bonne. Pas de naissance à Nozay à la date du 9 septembre 1876. En revanche, j'apprends qu'Abbaretz appartient au canton de Nozay.

L'acte d'état-civil de la commune d'Abbaretz est le suivant :

Acte de naissance de Constant RABOUIN (AD56)

Il n'y a pas de mention. Je ne sais donc pas s'il s'agit bien de mon Constant, décédé à l'asile de Saint-Avé. Néanmoins, la date correspond, tout comme le prénom du père, Louis. Je pense qu'il n'y a pas de doute.

La fiche matricule devrait m'aider, je la trouverai donc aux AD56, en toute logique. Le formulaire d’indexation ne me donne aucune réponse. Je vais donc devoir chercher directement dans les tables alphabétiques des registres. Aïe, la classe d'incorporation théorique est 1896... Soit quelques mois à un an après sa disparition.


Et c'est là que je tilte ! Constant a disparu le 9 septembre 1895, soit le jour de son 19ème anniversaire. Certainement pas une coïncidence...

Je vérifie tout de même les registres matricules de l'arrondissement de Vannes pour l'année 1896. Puis pour 1897. Rien. Pas étonnant.

La presse m'en apprendra peut-être plus. Aux AD56, nous avons la chance d'avoir, non seulement la presse numérisée, mais encore un bel outil de recherche par mots-clefs, date, etc., outil que je recommande vivement à tous ceux qui font des recherches dans le Morbihan, mais encore dans toute la Bretagne.

En saisissant simplement le terme « RABOUIN », j'ai déjà 118 réponses. J'affine un peu avec « RABOUIN CONSTANT », en choisissant l'option « tous les mots ». J'obtiens 63 réponses, que je classe par date, ce qui me rendra les choses plus aisées.


L'article initial datait du 10 décembre 1895. Le premier titre le plus près est celui du Courrier des campagnes, paru le 15. Je retrouve le même article que celui qui fut publié dans l'Arvor. Idem pour le Courrier morbihannais du 14. Je décide donc de passer les éditions de cette semaine-là mais j'arrive déjà sur un titre paru l'année d'après à la même époque (Le Phare de Bretagne, le 13/12/1896). Aucune trace de « RABOUIN », ni de « CONSTANT » ; l’outil a ses limites.

Sans conviction, je poursuis sur un ou deux titres de 1898 :Le Nouvelliste du Morbihan du 3/11 : néant et Le Ploërmelais du 30/10/1898 où il y a bien des RABOUIN, et qui plus est à Monteneuf. Certainement de la famille. Il s'agit de distribution de primes agricoles. Or, je sais que la famille baigne dans l'agriculture. Constant lui-même est agriculteur. Mais je ne pense pas qu'il s'agisse de lui, bien que je ne puisse le vérifier dans immédiat.


Une date m'interpelle : le 11 juillet 1900, soit le lendemain du décès de Constant. La dépêche de Lorient va-t-elle au moins mentionner son décès ?

Et bien non, c'est une nouvelle maritime qui m’arrive au nom de « RABOUIN » : « TOULON - le capitaine de vaisseau Rabouin prendra le commandement du Polhuau à une date qui sera ultérieurement fixée ». Avec ses problèmes de santé et surtout ce qualificatif d' « idiot », Constant n'a pas pu devenir officier.


Bon, mauvaise pioche dans la presse. Me reste-t-il une piste ? Cela fait un peu plus d'une heure que je cherche sur le net tout en tapant mon article. Je ne pense pas avoir le temps de trouver mieux, mais qui sait ?

L'expérience m'a appris qu'il faut suivre toutes les pistes. Et des possibilités de recherches, sur internet, il y en a beaucoup. Reste à savoir les utiliser avec intelligence.


Voilà où le lien m'emmène ; cette fois, l'article le concerne :

L'Ouest-Eclair, 29 mars 1900 (source : Gallica, via Généanet, bibliothèque généalogique)

Quatre mois qu'il a disparu. Et toujours aucune nouvelle...


Les autres résultats sont beaucoup plus tardifs et ne nous concernent pas. Après vérification, il n'y pas eu d'article avant celui de décembre 1895.


Comme mon challenge touche à sa fin, je décide, puisque je ne trouverai pas ce soir la réponse à mon énigme, de me renseigner quelque peu sur cet asile où le jeune Constant a fini sa vie.


Un livret feuilletable en ligne directement sur le site de l’établissement public de santé mentale du Morbihan qui a fait suite à cet asile m’informe que les conditions d'accueil des patients étaient déplorables à son époque :

Pour aller plus loin dans cette recherche, il faudrait consulter la cote 20 H DEPOT 2 aux AD56, ce qu'ils nous indiquent directement sur leur site :


Voilà, en un temps restreint, le genre de résultat que l'on peut obtenir avec des ressources en ligne (et un abonnement Généanet). Ce n'est pas énorme mais on pourrait sans aucun doute trouver plus avec du temps supplémentaire.

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