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S COM M E... « SAUVE QUI PEUT ! »




Juin 1693, voici ce que l'on peut lire dans les registres paroissiaux de Saint-Jean-de-Langeais, en Touraine :

Anne Basson est morte étranglée par la mauvaise bête et son corps demi-mangé a été enterré dans le cimetière. Assistant au (convoi) François Basson père et mère de la défunte et autres qui ne savent signer.

Signé : Pierre Duchesnes


[suivent deux actes non transcrits]


Le fils de la veuve (?) Berger de la Brodrie est mort étranglé de la mauvaise beste et le reste de son corps a été enterré dans le cimetière assistant au convoi ladite veuve (?) et Pierre Coueneau ; ils ne savent signer.

Signé : Pierre Duchesnes


Et un peu plus loin :

Gervais (?) Duvau est mort étranglé et son corps demi mangé de la mauvaise bête (a été) enterré dans le cimetière assistant au convoi Urbain Duvau son frère et Jean Victor voisin et autres parents et amis qui ne signent.

Signé : Pierre Duchesnes


Jean Lupin et son corps les deux tiers mangé de la mauvaise bête enterré dans le cimetière assistant au convoi Martin Lupin son père et Alexandre Le Baudrier son voisin allié et autres qui ne signet.

Signé : Pierre Duchesnes


Apparemment, les petits pâtres étaient du goût du loup en 1693. Il faut dire que de jeunes enfants étaient laissés seuls à surveiller les troupeaux, et que les habitats dispersés d'alors les isolaient du reste du monde.

Nonobstant le côté humain, je m'interroge. Le loup dévore en général l'intégralité de sa proie et, si ce n'est pas le cas, il réduit en pièces les restes, qu’il transporte en lieu sûr pour les manger tranquillement plus tard.


Pourquoi ces corps étaient-ils retrouvés à moitié dévorés ? Est-ce parce que les habitants les surprenaient ?


D'après un article du CRHQ (Centre de Recherche d'Histoire Quantitative) dépendant de l'université de Caen qui étudie depuis plus de vingt ans les relations entre l'homme et le loup, « entre le milieu du XVIIe et le milieu du XVIIIe siècle, les habitants de l'Orléanais, de la Touraine et de l'Anjou ont connu les violents épisodes de la confrontation entre l'animal et l'homme. L'extrême dispersion de l'habitat et la pratique générale du gardiennage du bétail par les enfants multipliaient les occasions de rencontre. L'importance du gibier et la diversité de l'élevage attiraient bien des prédateurs.

Dans ce contexte propice, les accidents étaient légion".


Le curé de Saint-Jean-de-Langeais parle ici de la "mauvaise bête". Cela n'est pas sans nous rappeler la Bête du Gévaudan qui terrifia la région du même nom entre 1764 et 1767.



Mais saviez-vous qu'il a existé de nombreuses autres "Bêtes" ?

Sur son blog ilsétaientunefois, l'auteur en a référencé un certain nombre, avec la quantité de victimes qu'on leur a attribuées :

- la Bête de Cinglais ou Bête d’Evreux ou Bête de Caen ou Bête du Calvados, 1632, une trentaine de victimes

– la Bête du Gâtinais, 1652-1657, 58 victimes

– la Bête de l’Yveline, 1677-1683, 157 victimes (peut-être plus de 500)

– la Bête de l’Orléanais, septembre 1690-septembre 1692, entre 43 et 100 victimes puis 1696-1699, au moins 100 victimes

– la Bête de Benais ou Bête de Touraine, février 1693-août 1694, au moins 135 victimes, plus vraisemblablement entre 200 et 250 victimes

– la Bête de Trucy ou Bête de l’Auxerrois, 1731-1734, une trentaine de victimes, puis 1817, 28 victimes

– la Bête du Val de Loire, 1743-54, 147 victimes

– La Bête du Lyonnais, 1754-1756, au moins 34 victimes

– la Bête du Gévaudan, 1764-1767, 112 victimes

– la Bête de Sarlat, 1766, selon les sources, entre 15 et 30 victimes (sources contemporaines)

– la Bête de Veyreau, 1799, des dizaines de 157/60 victimes

– la Bête du Vivarais ou Bête des Cévennes, ou Bête du Gard, 1809-1817, au moins 39 victimes

– la Bête du Valais dit monstre du Valais, 1946-47, plus de 150 animaux


Alors la prochaine fois que l'on vous parle de la Bête du Gevaudan, vous pourrez frimer un peu en en citant une ou deux autres ! 😉




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